Alors quâune rumeur persistante faisait Ă©tat de la crĂ©ation dâune nouvelle taxe aĂ©rienne de 30 USD pour les voyageurs en RĂ©publique dĂ©mocratique du Congo, le prĂ©sident du conseil dâadministration de la RĂ©gie des voies aĂ©riennes (RVA), Tryphon Kin-Kiey Mulumba, a tenu Ă clarifier la position de son institution : « La RVA nâest au courant de rien. »
Une déclaration qui jette un pavé dans la mare et met en lumiÚre un flou institutionnel surprenant dans un secteur déjà sous pression.
âïž Une « nouvelle taxe » qui tombe du ciel
Tout est parti dâune information relayĂ©e sur les rĂ©seaux sociaux et reprise par certains mĂ©dias : Ă partir de novembre, tout passager au dĂ©part ou Ă lâarrivĂ©e des aĂ©roports congolais devrait sâacquitter dâune taxe supplĂ©mentaire de 30 USD.
Rapidement, la nouvelle sâest propagĂ©e, suscitant inquiĂ©tude et indignation parmi les voyageurs et les opĂ©rateurs aĂ©riens.
Mais quelques heures plus tard, le gouvernement a formellement dĂ©menti lâexistence dâune « nouvelle taxe ». Selon le ministĂšre des Transports, il ne sâagirait que dâune « redevance sĂ©curitaire » dĂ©jĂ intĂ©grĂ©e au prix du billet, et non dâun nouveau prĂ©lĂšvement imposĂ© aux passagers.
đą La RVA dans le flou : « Nous nâavons reçu aucune notification »
InterrogĂ© sur le sujet, le prĂ©sident du conseil dâadministration de la RVA a affirmĂ© que le conseil nâavait reçu aucune communication officielle Ă ce propos.
« Nous nâavons reçu aucun document, aucun arrĂȘtĂ©, aucune instruction de mise en Ćuvre dâune quelconque nouvelle taxe. Si quelque chose existe, la RVA nâen a pas Ă©tĂ© informĂ©e », a dĂ©clarĂ© Tryphon Kin-Kiey Mulumba.
Une rĂ©ponse qui met en lumiĂšre un problĂšme de gouvernance et de coordination entre la tutelle politique et lâentreprise publique chargĂ©e de la gestion des infrastructures aĂ©roportuaires.
đ° Le souvenir du « Go-Pass »
Cette polémique réveille un vieux débat : celui de la transparence dans la gestion des redevances aéroportuaires.
Depuis 2009, la fameuse taxe « Go-Pass », dâun montant de 50 USD pour les vols internationaux, finance lâentretien et la modernisation des aĂ©roports. Selon la RVA, cette redevance aurait rapportĂ© plus de 360 millions de dollars en quinze ans.
Pourtant, de nombreux voyageurs sâinterrogent : oĂč sont passĂ©s ces fonds, alors que plusieurs aĂ©roports du pays demeurent dans un Ă©tat prĂ©caire ?
âïž Une confusion lourde de consĂ©quences
Dans un contexte oĂč le pouvoir dâachat des Congolais est dĂ©jĂ fragilisĂ© par lâinflation et la dĂ©prĂ©ciation du franc, la simple Ă©vocation dâune nouvelle taxe a provoquĂ© un mouvement de mĂ©fiance et de colĂšre.
Les compagnies aériennes craignent de voir leur fréquentation chuter si les coûts des billets augmentent, tandis que les passagers dénoncent une communication chaotique et un manque de transparence.
DerriĂšre cette affaire se cache surtout une crise de coordination entre institutions publiques : comment une mesure fiscale supposĂ©e concerner la RVA peut-elle ĂȘtre annoncĂ©e sans que son conseil dâadministration ne soit informĂ© ?
Cette question reste pour lâheure sans rĂ©ponse.
đ Ce que cela rĂ©vĂšle
Cette controverse illustre un mal plus profond du systĂšme administratif congolais :
Une communication verticale déficiente entre les structures de décision ;
Des rumeurs qui remplacent les annonces officielles, faute de transparence ;
Et une opinion publique désabusée, qui ne sait plus à qui faire confiance.
Dans un secteur stratĂ©gique comme celui de lâaviation â clĂ© du dĂ©senclavement du pays et du dĂ©veloppement Ă©conomique â la clartĂ© et la cohĂ©rence des politiques publiques sont plus cruciales que jamais.
Entre dĂ©mentis officiels, rumeurs virales et dĂ©clarations contradictoires, la vĂ©ritĂ© sur la ânouvelle taxe aĂ©rienneâ reste en suspens.
Une chose est sĂ»re : la polĂ©mique a rĂ©vĂ©lĂ© une faille de communication au sein mĂȘme de lâadministration aĂ©roportuaire congolaise.
Pour restaurer la confiance, le gouvernement et la RVA devront dĂ©sormais parler dâune seule voix â et prouver que la transparence nâest pas quâun mot inscrit sur le papier.
