🇸🇸 Soudan du Sud : huit ministres des Finances en cinq ans, symbole d’une économie à la dérive


🇸🇸 Soudan du Sud : huit ministres des Finances en cinq ans, symbole d’une économie à la dérive Le président sud-soudanais Salva Kiir Mayardit a une nouvelle fois remanié son équipe économique. En limogeant Athian Diing Athian et en rappelant Barnaba Baak Chol au poste de ministre des Finances, le chef de l’État signe le huitième changement à la tête du ministère en à peine cinq ans. Une instabilité chronique qui en dit long sur les turbulences économiques et politiques du plus jeune pays du monde.


🔄 Une valse sans fin au ministère des Finances

Depuis 2020, les titulaires du portefeuille des Finances se succèdent à un rythme effréné. En moyenne, chacun n’a tenu qu’à peine huit mois avant d’être remplacé. Officiellement, les communiqués présidentiels restent laconiques, évoquant simplement la « nécessité de renforcer la gestion économique ».

Mais en coulisse, la réalité semble plus politique qu’économique. Le ministère des Finances est devenu un champ de bataille entre factions du pouvoir, où loyautés et alliances priment souvent sur les compétences.

La nomination de Barnaba Baak Chol, déjà passé par ce poste en 2023, illustre cette logique de recyclage : les proches du régime reviennent, partent, puis reviennent encore, au gré des équilibres internes.


💰 Une économie à genoux

Le Soudan du Sud traverse l’une des crises financières les plus sévères de son histoire.
Dépendant à plus de 90 % des recettes pétrolières, le pays a vu ses revenus s’effondrer depuis que la guerre au Soudan voisin a perturbé les oléoducs d’exportation vers Port-Soudan.

Résultat :

Les caisses de l’État sont presque vides.

Les fonctionnaires ne sont plus payés régulièrement.

Le SSP (livre sud-soudanaise) s’est fortement déprécié, alimentant une inflation galopante.

Selon le Fonds monétaire international (FMI), le PIB du pays pourrait encore se contracter en 2025, tandis que l’inflation dépasse déjà les 50 % sur un an.

« Les changements constants à la tête du ministère créent une paralysie administrative. Aucun plan économique n’a le temps d’être mis en œuvre », déplore un économiste basé à Juba, contacté par Radio Tamazuj.


🏛️ Un enjeu politique autant qu’économique

Au-delà des chiffres, cette valse des ministres révèle la fragilité du système politique sud-soudanais.
Depuis la signature de l’accord de paix de 2018, le pays peine à stabiliser ses institutions. Les rivalités internes entre le président Kiir et son vice-président Riek Machar se répercutent sur l’appareil d’État.

Chaque remaniement est ainsi perçu comme un moyen de rééquilibrer les forces politiques, bien plus qu’une volonté réelle de réforme économique.

Pourtant, les défis sont immenses :

Restaurer la confiance des bailleurs internationaux,

Réformer la gestion budgétaire,

Lutter contre la corruption endémique,

Et diversifier une économie totalement dépendante du pétrole.


🌍 Un signal inquiétant pour les partenaires internationaux

Cette instabilité constante inquiète les partenaires du Soudan du Sud.
Les institutions financières internationales, comme la Banque mondiale et le FMI, réclament une vision à long terme et une équipe économique stable avant d’envisager de nouveaux programmes d’aide.

« Changer de ministre tous les quelques mois rend impossible toute continuité dans les politiques de réforme ou dans les discussions techniques », explique un diplomate africain à Juba.

Sans stabilité au sommet, les promesses de transparence et de bonne gouvernance risquent de rester lettre morte.

La nomination du huitième ministre des Finances en cinq ans est bien plus qu’un simple changement de visage.
C’est le reflet d’un système politique épuisé, d’une économie asphyxiée et d’un État encore à la recherche de ses fondations.

Alors que Barnaba Baak Chol s’installe à nouveau dans son bureau de Juba, le pays attend un sursaut — non pas un nouveau ministre, mais une véritable politique économique capable de restaurer la confiance, l’espoir et la stabilité.

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