Londres veut rĂ©guler les stablecoins dâune main ferme.
Alors que Washington vient Ă peine de poser les premiĂšres briques de son cadre lĂ©gal, le Royaume-Uni frappe fort : la Bank of England (BoE) prĂ©voit dâimposer des plafonds de dĂ©tention et des rĂšgles de rĂ©serve trĂšs rigoureuses pour les Ă©metteurs et les utilisateurs de stablecoins. Une approche nettement plus conservatrice que celle adoptĂ©e de lâautre cĂŽtĂ© de lâAtlantique.
đ· Une limite sur les avoirs : une premiĂšre mondiale
Selon les derniĂšres propositions publiĂ©es par la BoE, les particuliers britanniques ne pourront dĂ©tenir quâenviron ÂŁ20 000 (soit prĂšs de 26 000 $) en stablecoins dits « systĂ©miques » â ceux largement utilisĂ©s pour les paiements au Royaume-Uni.
Pour les entreprises, le plafond serait fixé autour de £10 millions.
Cette mesure inĂ©dite place le Royaume-Uni Ă contre-courant de la tendance mondiale : ni les Ătats-Unis, ni lâUnion europĂ©enne nâimposent actuellement de limites de dĂ©tention aux utilisateurs de stablecoins.
En clair, le gouvernement britannique ne veut pas que ces monnaies numériques deviennent un substitut aux dépÎts bancaires classiques.
« Nous devons garantir que la stabilitĂ© financiĂšre ne soit pas compromise par une adoption massive non rĂ©gulĂ©e des stablecoins », a dĂ©clarĂ© Sarah Breeden, sous-gouverneure de la Banque dâAngleterre.
đŠ Des exigences de rĂ©serves quasi bancaires
Les émetteurs de stablecoins devront également suivre un régime prudentiel strict :
40 % des actifs de couverture devront ĂȘtre dĂ©tenus sous forme de dĂ©pĂŽts non rĂ©munĂ©rĂ©s Ă la BoE,
et 60 % dans des bons du Trésor britannique à court terme.
Lâobjectif est clair : garantir que chaque stablecoin soit rĂ©ellement adossĂ© Ă des actifs liquides et sans risque, et quâaucun effondrement soudain â Ă la maniĂšre du TerraUSD en 2022 â ne puisse dĂ©stabiliser le systĂšme financier.
Ces contraintes pourraient toutefois rendre le modÚle économique des stablecoins moins rentable, en particulier pour les entreprises fintech qui comptaient sur la flexibilité et le rendement des réserves.
âïž Une philosophie diffĂ©rente de celle des Ătats-Unis
Aux Ătats-Unis, la loi GENIUS Act, adoptĂ©e Ă lâĂ©tĂ© 2025, encadre la stabilitĂ© et la transparence des stablecoins mais ne limite pas la dĂ©tention individuelle.
Washington mise davantage sur la supervision des Ă©metteurs, lâaudit des rĂ©serves et la protection des consommateurs.
Londres, elle, veut aller plus loin.
En limitant la quantitĂ© de stablecoins que les citoyens peuvent dĂ©tenir, la BoE cherche Ă prĂ©server la souverainetĂ© monĂ©taire et Ă Ă©viter quâune partie de lâĂ©pargne nationale ne migre vers des actifs numĂ©riques privĂ©s hors du circuit bancaire.
đŹ Lâindustrie crypto vent debout
La rĂ©action du secteur ne sâest pas fait attendre.
Plusieurs associations de fintech et dâentreprises crypto britanniques ont critiquĂ© un dispositif jugĂ© « excessif » et « contre-productif ».
« Ces plafonds risquent dâĂ©touffer lâinnovation et de pousser les entreprises Ă sâinstaller Ă lâĂ©tranger », estime un porte-parole de lâassociation CryptoUK.
Les acteurs du marchĂ© redoutent aussi un dĂ©savantage concurrentiel vis-Ă -vis des Ătats-Unis ou de lâUnion europĂ©enne, oĂč les rĂ©gulateurs se montrent plus souples.
Cependant, certains experts saluent la démarche britannique : une réglementation stricte pourrait, à long terme, renforcer la crédibilité des stablecoins émis au Royaume-Uni et attirer les investisseurs institutionnels.
đ Un signal fort envoyĂ© aux marchĂ©s
En choisissant la prudence, le Royaume-Uni confirme son ambition : devenir un centre financier numérique sûr et transparent, sans répéter les erreurs du passé.
Les rĂ©gulateurs londoniens veulent prouver quâinnovation et stabilitĂ© peuvent coexister â mais Ă leurs conditions.
Reste à savoir si cette approche rigide encouragera la confiance⊠ou freinera la compétitivité du pays dans la course mondiale aux monnaies numériques.

Aspect Royaume-Uni Ătats-Unis
Plafonds de détention £20 000 pour les particuliers, £10 M pour les entreprises Aucun
Réserves obligatoires 40 % à la BoE, 60 % en bons du Trésor Exigences de liquidité mais sans quotas précis
Objectif principal Stabilité financiÚre et souveraineté monétaire Protection des consommateurs et innovation
Risque pour le secteur Moindre flexibilité, coûts plus élevés Concurrence accrue des stablecoins non-UK
Cette nouvelle régulation britannique marque un tournant majeur pour la finance numérique.
En imposant des limites claires et des rĂšgles strictes, Londres cherche Ă poser les bases dâun Ă©cosystĂšme crypto sĂ»r, mais au prix dâune libertĂ© rĂ©duite pour les utilisateurs.
Entre innovation et prudence, le Royaume-Uni trace sa propre voie â plus rigide, mais peut-ĂȘtre plus rĂ©siliente.