Pendant que des milliers dâentreprises congolaises sâacquittent chaque annĂ©e de leurs obligations fiscales, un autre visage de lâĂ©conomie numĂ©rique se dessine en silence : celui des gĂ©ants mondiaux comme Google, Facebook, Twitter (X) et TikTok, qui rĂ©alisent des profits sur le marchĂ© congolais⊠sans contribuer aux caisses de lâĂtat.
Cette situation, rĂ©vĂ©lĂ©e et dĂ©noncĂ©e par les autoritĂ©s en charge du numĂ©rique, ouvre un dĂ©bat crucial : comment un pays peut-il profiter pleinement de lâĂ©conomie digitale si ceux qui en tirent les plus gros bĂ©nĂ©fices Ă©chappent au fisc ?
đ Ils gagnent en RDC, mais dĂ©clarent ailleurs
Les grandes plateformes numĂ©riques disposent dâun modĂšle Ă©conomique bien huilĂ© :
elles gagnent de lâargent Ă travers la publicitĂ© ciblĂ©e,
les données des utilisateurs,
les abonnements et dâautres services digitaux.
Et la RĂ©publique dĂ©mocratique du Congo, avec ses millions dâutilisateurs connectĂ©s, fait partie de ces marchĂ©s dynamiques qui alimentent leurs revenus.
Mais alors, pourquoi aucun impĂŽt nâest versĂ© au TrĂ©sor congolais ?
La réponse est simple et complexe à la fois :
ces entreprises ne sont pas juridiquement installĂ©es en RDC. Elles opĂšrent depuis lâĂ©tranger, ce qui leur permet de dĂ©clarer leurs gains dans dâautres pays â souvent des zones Ă fiscalitĂ© avantageuse â tout en profitant librement du marchĂ© congolais.
âïž Un vide fiscal qui coĂ»te Ă lâĂtat
Pour un pays qui cherche à moderniser son économie, cela représente un manque à gagner important.
La RDC investit dans la transformation digitale, Ă©tend les rĂ©seaux tĂ©lĂ©coms, dĂ©veloppe des services publics en ligne⊠mais les entreprises qui profitent le plus de cette montĂ©e en puissance ne contribuent pas Ă lâĂ©cosystĂšme local.
Les autoritĂ©s parlent dâun dĂ©sĂ©quilibre injuste :
les entreprises locales paient leurs taxes,
tandis que les multinationales du numérique, pourtant massivement utilisées, ne paient rien.
đïž Le gouvernement veut changer les rĂšgles du jeu
Face à cette situation, la RDC a adopté un Code du Numérique qui reconnaßt et cadre les activités digitales.
Objectif : crĂ©er une base lĂ©gale capable dâobliger ces plateformes Ă dĂ©clarer leurs revenus liĂ©s au territoire congolais, mĂȘme si leur siĂšge se trouve Ă lâĂ©tranger.
Mais la mise en application reste un défi :
Comment évaluer les revenus générés localement ?
Comment contraindre des entreprises basĂ©es hors du pays Ă sâacquitter de lâimpĂŽt ?
Quel mécanisme de contrÎle instaurer pour éviter les contournements ?
Autant de questions auxquelles Kinshasa doit rĂ©pondre pour rĂ©cupĂ©rer ce quâelle estime ĂȘtre une part juste et lĂ©gitime.
đ Pourquoi câest important pour les Congolais
DerriÚre ce débat fiscal se jouent en réalité trois enjeux majeurs :
1ïžâŁ La justice fiscale
Le citoyen lambda paie des taxes, tout comme les entreprises locales.
Il est normal que les gĂ©ants numĂ©riques respectent les mĂȘmes rĂšgles.
2ïžâŁ La souverainetĂ© numĂ©rique
Le pays ne peut pas laisser des plateformes étrangÚres générer des revenus sur son territoire sans contrÎle ni contribution.
3ïžâŁ Le financement du dĂ©veloppement
Chaque franc non perçu est un franc qui ne finance pas :
les routes,
lâĂ©lectricitĂ©,
lâĂ©ducation,
la santé,
ou encore lâinnovation digitale locale.
đŹ Conclusion : un combat qui ne fait que commencer
Lâaffaire rĂ©vĂšle une rĂ©alitĂ© mondiale : les pays africains sont en retard sur la fiscalisation du numĂ©rique, tandis que les gĂ©ants technologiques avancent vite et partout.
Pour la RDC, ce dĂ©bat marque peut-ĂȘtre le dĂ©but dâun nouvel Ă©quilibre.
Un Ă©quilibre oĂč les plateformes qui profitent du marchĂ© congolais devront enfin payer leur part.
Un Ă©quilibre oĂč le numĂ©rique ne sera plus seulement un espace dâusage, mais aussi un levier rĂ©el de recettes publiques.
Et une certitude demeure :
tant que ces entreprises ne seront pas fiscalement intégrées, la transformation digitale de la RDC restera incomplÚte.
